PRESENTATION DES SÉJOURS DE RUPTURE

5 Juillet 2012 , Rédigé par OSER Publié dans #LES SEJOURS DE RUPTURE - UNE ALTERNATIVE EDUCATIVE

Thierry GOGUEL D’ALLONDANS, anthropologue, propose l’article suivant dans le Dictionnaire de l’adolescence et de la jeunesse, sous la direction de David LE BRETON et Daniel MARCELLI (PUF, Paris, 2010)  : « De nombreux lieux, associatifs pour la plupart, proposent aujourd’hui des prises en charges qui se veulent plus adaptées aux difficultés actuelles des enfants et des adolescents. Outre certains accueils familiaux et la quasi-totalité des lieux de vie, des associations sportives ou culturelles imaginent, elles aussi, de nouveaux accompagnements éducatifs, basés sur la notion de rupture. Le secteur social traditionnel propose, également et bien souvent, des modalités similaires pour ce spropres actions et interventions. Enfin, les nouveaux dispositifs de prise en charge des mineurs délinquants –Centres d’éducation renforcés (CER), Centres Educatifs fermés (CEF)…_, ont comme mission, jusque dans leur cahier des charges, de proposer, eux tout particulièrement, une pédagogie de la rupture (Thierry Goguel d’Allondans, 2008). Mais de quoi s’agit-il ? Et d’abord pourquoi ?

Le présupposé de départ repose sur l’idée que le jeune a vécu un parcours chaotique (qui explique pour partie sa problématique, son comportement, ses actes, voire sa délinquance) dû à des environnements perturbants ou même pathogènes (famille, amis, groupes de pairs…). Il apparait donc nécessaire d’opérer, préalablement à tout accompagnement socio-éducatif, une mise à distance. Cet éloignement, spatial et temporel, s’assortit parfois d’autres contraintes pour casser des habitudes jugées nocives, telle l’interdiction des piercings, bijoux, vêtements trop typés, etc. Il s’agit donc bien de faire rupture non seulement avec des lieux et des personnes familières, mais aussi avec des habitudes, des codes socioculturels, voire des rituels spécifiques. On peut toutefois s’étonner de cette terminologie et de ce qu’elle recèle. Proposer une nouvelle rupture à des jeunes qui en ont, pour la plupart, vécu trop souvent, n’est-ce pas opposer une autre violence à celle originelle ?

Concrètement, ces « ruptures » prennent la forme de voyages à caractère initiatique (traversées d’un désert, expéditions humanitaires, découvertes d’une autre culture, explorations, …), d’entreprises sportives (raids, rallyes, escalades, trekkings, frégates, croisières, ….), d’engagement dans une activité communautaire (fermes, élevages, artisanats…). Dans tous les cas, ce qui est proposé au jeune relève d’une prise de risque contrôlée par des adultes à qui il faudra – désormais et parfois pour la première fois – faire confiance.

Sans forcément s’y référer explicitement, ces pédagogies de la rupture jouent sur une symbolique très présente dans les rites de passage inventoriés, dés 1909, par l’ethnologue et folkloriste français Arnold van Gennep (Van Gennep, 1981). Parmi toutes les ritualisations des passages périlleux de l’existence, le rite de puberté sociale (passage du monde des enfants au monde des adultes) s’ouvre – rite préliminaire – sur une rupture, préalable à l’initiation, puis la reconnaissance sociale d’un nouveau statut, celuid ‘adulte. Cette rupture est, de fait, la séparation d’avec la mère (car pour grandir dans une société traditionnelle, il faut d’abord en passer par là). Cela s’accompagne d’une mort symbolique à l’enfance bien souvent théâtralisée.

Le passage s’effectue, pour Van Gennep, en trois séquences : préliminaire (séparation, mais aussi sacralisation), liminaire (marginalisation, initiation, entre-deux), postliminaire (régrégation au social, nouveau statut, reconnaissance sociale de celui-ci, désacralisation). D’une certaine manière, les séjours de rupture se déclinent aussi en trois temps distincts : séparation d’avec les environnements habituels et nouveau mode de vie ; expédition et expériences nouvelles ; réorientation et accompagnement d’un projet individuel". 

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